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Vers les îles sous le vent, le royaume de la reine Pomare

Neuvième partie de la croisière du Rigault de Genouilly dans le Pacifique. Une guerre de religion.

Le vendredi 11 novembre 2022, par Michel Carcenac

En 1937, après les célébrations du Juillet à Tahiti, le commandant Moron et son bateau le Rigault de Genouilly repartent pour une croisière vers les îles sous le vent, le royaume des la reine Pomaré.

Tahiti et les îles sous le vent faisaient partie du royaume des Pomaré, famille régnante de Tahiti.

Aïmata, la Reine Pomaré, est la fille de Pomaré II, roi de Tahiti et d’une concubine. Pomaré II, intelligent, commerce avec les Anglais et leur mission protestante. Il se fait baptiser au temple en grande pompe en 1829. Et les missionnaires rédigent un recueil des textes de loi qui proclament Tahiti “Nation civilisée“.

Pomaré II veut que sa fille soit élevée à l’anglaise et non pas suivant la tradition.
A deux ans, Aïmata quitte Moorea pour habiter à Tahiti, mais malgré les désirs de son père, les missionnaires se désintéressent complètement de son éducation. Tout leur intérêt se porte sur le frère cadet, le prince Pomaré III. Son père est mort quand il avait 18 mois et de fait il est le successeur. Le frère d’Aïmata est autrement plus intéressant pour des sujets britanniques dont le but est d’évincer les Français, catholiques de surcroit.

Mais le frère d’Aïmata meurt à six ans, catastrophe pour lui tout d’abord, mais surtout pour les missionnaires. Ceux-ci sont bien obligés d’accepter Aïmata comme Reine. Ils ne pourront pas manipuler cette fille de 14 ans qui a une très mauvaise réputation. A dix ans on l’avait mariée avec un chef, mais les religieux ont fait le minimum de cérémonies, son couronnement est escamoté. Le mariage n’a pas calmé Aïmata. La couronne ne l’empêche pas de s’amuser follement avec ses danseuses et ses danseurs. La joyeuse troupe monte sur les voiliers dans la rade, surtout la nuit malgré les interdictions des missionnaires désespérés.

En dehors des “amusements“ la Reine veut rétablir la religion et les coutumes anciennes. A Moorea elle tient à être reçue suivant les vieilles traditions avec des danses et des représentations fort indécentes. Par exemples, les filles étaient enveloppées dans un grand tapa et les garçons, en tirant sur le bout libre de l’étoffe, les faisaient tourner comme des toupies. Les filles se retrouvaient toutes nues pour continuer leur danse.

Les efforts de la Reine pour imposer les mœurs du passé ne plaisaient pas à tous les chefs et rien que pour cela une guerre était à la veille d’éclater. La reine en sanglots, déclare devant une grande assemblée à Tahiti, qu’elle ne voulait pas la guerre. Tout s’arrange, pour le plus grand bonheur des Protestants.

A Tahiti, Aïmata se calme et elle affiche le fond solide son tempérament. Progressivement elle entre dans la peau d’une vraie reine. Petit à petit les missionnaires la reprennent en main. Ils arrivent même à la faire entrer dans une société de tempérance !

Après son regrettable divorce, les missionnaires acceptent le mariage avec Ariifaaite qui fait un prince consort présentable, sinon fidèle à son épouse.

En 1835 la Reine revient pour de bon dans l’Église. Elle ne manque pas un office ni un sermon au temple. De sa belle voix elle entonne les psaumes. Avant les repas elle récite le bénédicité, comme ma grand-mère, sa fille et les petits-enfants. Debout et recueillis.
Alléluia, la brebis égarée a repris le droit chemin.

Pendant des années de pleurs, après avoir imploré sans cesse le Seigneur, celui-ci a bien voulu exaucer ses fidèles serviteurs. Tout est pour le mieux dans la mission.

Mais quand la politique s’en mêle …. Les protestants de Tahiti ne veulent pas que des catholiques s’installent sur des terres qu’ils considèrent comme leur appartenant. Les amis de la Grande-Bretagne ne veulent pas que la France s’occupe de leurs affaires. Bien malgré elle, Pomaré se trouve au milieu de la bagarre entre deux consuls rivaux, celui de l’Angleterre et celui des États-Unis.

L’Anglais Georges Pritchard arrive à Tahiti comme missionnaire en 1824. Intelligent il apprend rapidement le Tahitien. Actif ambitieux, autoritaire, il prend de l’ascendant sur la Reine, en devient le confident, le guide spirituel. Pomaré en admiration, propose la nomination de Pritchard comme consul d’Angleterre. En coulisse Pritchard reste missionnaire et commerçant gérant de fructueuses affaires.

Le consul d’Amérique a le même âge mais il est catholique et sa femme une très pieuse catholique. Intelligent, Jacques-Antoine Moerenhout s’intéresse au commerce de la nacre. Il écrit un livre sur les mers du Sud.

En 1835 il revient de Washington porteur d’un brevet officiel de Consul des États-Unis à Tahiti. Cela ne plait pas à Pritchard qui voit s’installer en face de chez lui un papiste de la plus belle eau. Rival devenu diplomate comme lui. Et pour finir, trois ans plus tard Jacques-Antoine est nommé consul de France.

Cela dépasse les bornes. Tout va se gâter quand le duo Pomaré-Pritchard s’oppose violemment à l’arrivée de missionnaires catholiques à Tahiti.

Pritchard adresse des lettres enflammées au Ministère des Affaires Étrangères à Londres. Il souligne les sommes énormes dépensées par l’Angleterre et les quarante années de pénible labeur des missionnaires pour amener des sauvages à la vraie foi dans des îles insalubres.

Prichard considère déraisonnable et insolent que des catholiques romains viennent s’installer sur leurs terres. Il existe de nombreuses îles où ces papistes pourraient évangéliser les païens. Le gouvernement de Tahiti a le droit d’accueillir ou non ces indésirables.

A l’instigation de Pritchard, la Reine refuse de recevoir à Tahiti nos vieilles connaissances, François Carret et Honoré Laval. Ils arrivaient de Mangareva, l’île la plus grande des Gambier. Ils avaient parcouru 1590 km pour rejoindre Tahiti et être mal reçus. Les protestants ne connaissaient pas leurs exploits à Mangareva où tout le monde, y compris le roi, était baptisé. Une somptueuse cathédrale et trois églises dans le village, sept chapelles construites sur des îlots dans le lagon, un couvent, un monastère, une boulangerie et une prison pour les blasphémateurs. Tout cela créé en un temps record par les habitants, pour arriver à un état théocratique.

S’ils avaient eu le temps, nos deux curés de choc auraient baptisé Pomaré et mis les Tahitiens indolents aux travaux forcés.

Dommage que François Carret soit mort assez vite, nous aurions eu une vraie guerre de religion et pourquoi pas une Saint-Barthélemy.

Les papistes de Mangareva sont restés un ou deux ans à Tahiti mais n’ont fait aucune conversion devant l’hostilité de tout le monde. Après la mort de François Carret il ne restait plus à Honoré Laval qu’à déguerpir.

Cette attitude des Anglais et de la Reine envers des missionnaires Français, amènera dans les eaux de Tahiti les frégates de l’amiral Dupetit-Thouars.

Qu’est devenue la Reine en mars 1844 ? Les Anglais lui offrent leur protection en l’embarquant sur un de leurs navires et en la déposant sur l’île de Raiatea, en exil.
Excités par la Reine, une grande partie des Tahitiens se révoltent. Il faudra deux ans à l’amiral Bruat pour mater les insurgés. La paix est revenue, Bruat nomme un régent. En janvier 1847 de grandes fêtes célèbrent la réconciliation et le Protectorat de la France.

Tout cela se passe sans que l’on prononce le nom de la reine Pomaré. Celle-ci comprend que l’on va se passer de sa personne. Elle demande à voir Bruat si celui-ci consent à la recevoir en tant que reine. A Moorea l’entrevue fut très cordiale. Dès qu’il vit la Reine, Bruat mit trois fois le genou à terre pour l’honorer. Ensuite Pomaré signa l’ensemble de la législation décrétée pendant son absence.

Après la réconciliation officielle, Bruat déclara à la foule « qu’au nom du roi Louis-Philippe, il rétablissait Pomaré dans ses droits et son autorité et qu’elle l’exercerait comme Reine reconnue dans le gouvernement du Protectorat. »

Le 9 février la Reine Pomaré arrivait à Papeete en compagnie de Bruat. Le Phaeton fit le tour de la rade pour que tout le monde voit bien le retour de la Reine. Les matelots des navires de guerre montèrent sur les vergues pour honorer Pomaré. Quand elle descendit à terre tous les navires la saluèrent à coups de canon. Il y avait une haie de soldats jusqu’à la résidence du gouverneur Bruat. La Reine était toute troublée.

Elle reçut l’hospitalité du gouverneur Bruat et de son épouse. Elle put juger combien ce gouverneur était de joyeuse humeur et d’une grande gentillesse, très différent des portraits malveillants que les Anglais lui avaient décrits.

Pomaré, avec son mari et ses cinq enfants, partagera la table des Bruat pendant plusieurs mois. Madame Bruat était adorable pour elle et sa famille.

Bruat devint son grand ami et son conseiller, même après son retour en France. Elle lui écrivait souvent en amie.

Quel retournement de situation, c’est Bruat qui pendant deux ans avait mené la guerre contre ses partisans.

Pomaré mena son règne jusqu’à ses derniers jours avec une grande dignité, consciente de ce qu’elle représentait. Les événements solennels s’accompagnaient de manifestations militaires grandioses. Par exemple, à son retour d’une tournée officielle dans ses îles, avec les autorités du protectorat ou de la France. Les navires en rade font feu de toute leur artillerie en l’honneur de la Reine. Les matelots rangés sur le bastingage poussent des hourras quand la Reine quitte le bâtiment. A terre elle est saluée de 21 coups de canon. La troupe en grande tenue, forme une haie jusqu’à son palais, ses lanciers en tête. Pomaré reçoit ces honneurs avec une grande dignité. Elle porte toujours un chapeau de paille orné de fleurs et elle est pieds nus, suivant son habitude. Elle marche en tête accompagnée des représentants de la France.

Quand elle n’est pas de cérémonie, Pomaré mène une vie très simple. Elle a régné cinquante ans.

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4 Messages

  • Enfin, la suite de la saga de l’Amiral Moron avec cette escale intéressante dans les Iles sous le vent. C’est un plaisir de vous lire comme d’habitude !

    Répondre à ce message

  • Vers les îles sous le vent, le royaume de la reine Pomare 13 novembre 13:36, par Christophe CANIVET

    Ce serait un petit plus d’ajouter les hyperliens vers les précédents épisodes  😉

    Répondre à ce message

  • Vers les îles sous le vent, le royaume de la reine Pomare 4 décembre 11:27, par François Jeandé

    Cher Docteur,

    Connaissez-vous les "boîtes à livres" ? Si je vous pose la question, la raison en est que les bibliothèques municipales de Genève (Suisse) offrent aux lectrices et lecteurs de déposer des ouvrages dans des étagères, auprès desquelles d’autres s’approvisionnent, "à la fortune du pot", en livres. Les boîtes à livres en ville (dans d’anciennes cabines de téléphone réaffectées par des bénévoles, p. ex.) sont nombreuses. — Me voyez-vous venir ? En bien des mois de découvertes (à Manosque, une boîte à livres m’a fait trouver des éditions originales d’oeuvres de Henri Heine, en traduction française ; surgies d’on ne sait où, puisque selon la directrice de la BN, du fait de l’occupation allemande, on ne trouvait plus aucun livre de ce très grand poète allemand, du fait de son "origine"), j’ai fini par vous découvrir, vous. Et j’en arrive au terme du présent message, le temps de vous féliciter de me faire lire le meilleur livre sur les années de la Résistance ; et, ma foi, tant pis de céder à la mode en vous décernant un superlatif. Je vais donc être descriptif plutôt que laudateur, en relevant le fait qu’il n’est pas de phrase qui, précisément, ne décrive une réalité constatée. C’est si rare, dans le flot de blablas censé combler un grand vide entre deux lieux communs. Chez vous, dans votre Combats d’un ingénu, pas une phrase de trop. Merci de ce cadeau. Je lirai également vos articles mis en ligne. Portez-vous bien, cher Docteur. Fr. Jeandé.

    Répondre à ce message

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