Des expéditions à une politique coloniale
Au cours du XVIIè siècle, la France s’intéresse au commerce du bois, des fourrures, de la pêche dans les nouveaux territoires de l’Acadie. Fréquentées par les pêcheurs bretons, basques et normands, les côtes acadiennes étaient déjà explorées au XVIIè siècle ; les eaux côtières étant considérées comme les plus poissonneuses.
Pour développer ses activités commerciales, la France doit établir une présence permanente en Nouvelle-France et en Acadie. Une première installation de colons aura lieu en mai 1604, sous l’impulsion de Du Gua de Monts, à l’île Sainte Croix, dans un lieu nommé « habitation de Port Royal » (située aujourd’hui en Nouvelle-Ecosse). Cette première tentative de peuplement fut un échec en raison des conditions climatiques très dures et des épidémies qui ont anéanti la plupart des personnes que comptait l’habitation : sur 80 personnes, plus d’une trentaine moururent.
Le cardinal Richelieu donnera un second souffle à la politique coloniale en créant en 1627 la Compagnie des Cent Associés en Nouvelle-France et en Acadie [1]. Le développement du commerce exigeait une installation dans ces nouveaux territoires : des émigrés français, en provenance de la côte atlantique, embarquaient depuis les ports de La Rochelle, Rouen, Dieppe, Nantes, Bordeaux,... pour peupler ce nouveau monde en espérant une vie meilleure.
Ces émigrés étaient catholiques et protestants. L’historiographie traditionnelle a inscrit pendant plus d’un siècle le mythe du fondement catholique de la Nouvelle-France. Les travaux de François-Xavier Garneau [2], puis, plus récemment, ceux de Robert Larin [3], démontrent la présence protestante en Nouvelle-Angleterre, en Nouvelle-France et en Acadie dès le XVIIè siècle : les protestants constituant (hypothèse minimale) environ 7 à 8% de la population totale de la Nouvelle-France et de l’Acadie. Ainsi, nos ancêtres n’étaient pas tous catholiques...
Qui étaient ces émigrés français "illustres inconnus" venus en Acadie ?
Il s’agissait d’hommes en âge de travailler, la plupart célibataire, qui s’engageaient au service d’un colon, d’un marchand, d’une communauté religieuse ou d’un détachement de la Marine, pour une période de trois, cinq ou sept ans. La moyenne d’âge de ces engagés était de 25 ans, avec un léger écart entre l’âge moyen des ruraux et celui des urbains.
Quelques familles émigrèrent en Nouvelle-France ainsi que des orphelines (les femmes n’étaient pas toutes des Filles du Roy). Le recruteur avançait les frais de la traversée. Celle-ci durait deux à trois mois pour gagner l’Acadie. Un contrat d’engagement était rédigé par un notaire ou par le recruteur de la marine et précisait les conditions de la traversée, le travail à effectuer, les droits et les devoirs de chacun et les modalités de retour au pays. Certains payaient la traversée sur leur denier propre, il s’agissait alors de « passagers libres » qui n’étaient liés par aucun contrat d’engagement.
Les engagés étaient des agriculteurs, boulangers, domestiques, maîtres compagnons, apprentis, charpentiers « ordinaires » et de navires, matelots, soldats, laboureurs, manœuvres. Pour ces derniers, il s’agissait d’hommes pouvant abattre des arbres, façonner le bois, dresser une maison, manier la hache et la scie. Les métiers de maçons, d’arquebusiers, d’armuriers, de taillandiers et de serruriers, étaient assortis à celui de « soldats ». Dans les rolles de montre de la Compagnie Franche de la Marine il n’est pas rare de voir pour chaque engagé l’appellation « soldat » suivie du corps de métier. A titre d’exemple, l’engagement de Charles Orillon (Aurillon) dit Champagne est désigné sous le titre de « soldat maçon ».
Selon le développement économique de l’Acadie et de la Nouvelle-France, certains métiers étaient plus recherchés que d’autres ; les agriculteurs, recrutés dans les premières années d’émigration, furent remplacés par la suite par des artisans. Entre 1632 et 1670, on dénombre 143 navires ayant quitté La Rochelle pour la Nouvelle-France et l’Acadie. Le dépouillement des minutiers Nantais de 1632 à 1732 recense 6 000 engagés ; une faible portion se dirigeait vers la Nouvelle-France, le reste étant pour les Antilles.
Le trafic maritime vers la Nouvelle-France démontre une régularité suscitée par les marchands rochelais agissant comme correspondants des premiers colons d’Acadie et de la Nouvelle-France : Emmanuel Leborgne, marchand catholique, originaire du nord de la France, exerçait un commerce de grains, de victuailles et de vins à destination de Port-Royal (Acadie). De même Jacques Pépin, marchand protestant, ravitaillait régulièrement Québec de 1656 à 1662. La Compagnie de la Nouvelle-France pour la côte d’Acadie, dirigée par Claude de Razilly (1634-1641), affrétait des navires chaque année pour fournir des vivres transportant à son bord des colons pour peupler l’Acadie.
Au cours des XVIIè et XVIIIè siècles. l’émigration française est estimée à environ 75 000 personnes pour la Nouvelle-France et l’Acadie. La période d’émigration la plus forte se situe entre 1684 et 1700, période qui coïncide avec les campagnes de recrutement militaire. Les régions de la Bretagne et du Sud-Ouest, comme celle du Centre-Ouest fourniront également des recrues. Si l’on compare avec la Nouvelle-France, l’Acadie restait toutefois une contrée sous peuplée : en 1710, l’Acadie comptait 1 700 personnes, la Nouvelle-France en dénombrait 16 000.
Une fois arrivés sur place, quelle était la vie de ces émigrés ?
Nous répondrons à cette question en suivant le parcours de quelques-uns dont celui du soldat maçon Charles Orillon (Aurillon) dit Champagne dans un prochain article.
Sources :
- Leslie Choquette, « De Français à paysans : modernité et tradition dans le peuplement du Canada Français », Québec : Septentrion, Paris : Presses de l’université de Paris Sorbonne, 2001
- Robert Larin, « Brève histoire du peuplement européen en Nouvelle-France », Québec : Septentrion, 2000.
Messages
1. > Archives départementales de la Charente Maritime : consultation en ligne, 6 novembre 2005, 19:12
Un lot de 16 000 pages de documents provenant des Archives départementales de la Charente-Maritime, des registres du Fonds de l’Amirauté de Brouage et du Fonds de l’Amirauté de La Rochelle sont consultables en ligne. Merci par avance de faire partager vos découvertes !
Voir en ligne : Archives Canada France
1. > Archives départementales de la Charente Maritime : consultation en ligne, 22 novembre 2005, 20:47, par Janyne Courtial
Mon ancêtre " Marsolle " très certainement originaire du Maine et Loire se serait embarqué à la Rochelle entre 1635 et 1650 à destination de la Guadeloupe, serait il possible de retrouver des listes des gens embarqués vers les " Iles d’Amérique " comme l’on disait à cette époque et si oui, où peut on les consulter ?
2. > Liste des engagés pour la Guadeloupe, 23 novembre 2005, 19:42
Il existe une liste des engagés de La Rochelle entre 1633 et 1662 vers l’Acadie et la Nouvelle France. Cette liste est publiée dans l’ouvrage de Gervais Carpin, Le réseau du Canada : étude du mode migratoire de la France vers la Nouvelle France (1628-1662), Presses de l’Université de Paris Sorbonne, 2001. Il doit exister l’équivalent pour la Guadeloupe. Je vous conseille de vous adresser aux Archives d’Outre Mer et consulter le classement des différentes séries.
Voir en ligne : Archives d’Outre Mer
3. la Compagnie des Cent Associés, 23 novembre 2005, 20:21, par Thierry Sabot
En créant, en 1627, la Compagnie des Cent Associés, Richelieu entend donner un nouvel élan à la colonisation et au commerce de la Nouvelle-France. La compagnie s’engage à envoyer quatre mille immigrants vers le Canada dans les quinze années à venir. (Cf l’ouvrage de Lucien Campeau : Les cents associés et le peuplement de la Nouvelle-France, Montréal, 1974, 176 pages. Voir la sous-série AD+191 des AN, la série BB des AC de Honfleur, les contrats d’engagement et les listes d’embarquement des séries E et B des AD des départements côtiers et les Services culturels du Québec à Paris).
Amicalement,
Thierry Sabot
4. > Archives départementales de la Charente Maritime : consultation en ligne, 12 janvier 2006, 15:59, par Richard BOINET
Bonjour,
Etant moi-même un decendant de la famille MARSOLLE, je ne connais malheureusement pas le nom de cet ancètre parti pour la Guadeloupe. Je ne connais qiue le nom de l’épouse, Marie PAQUET.
En savez-vous plus ?
Cordialement !
Richard BOINET
5. > Archives départementales de la Charente Maritime : consultation en ligne, 19 juillet 2006, 15:28, par Denise COLLIN de LA RONCIERE
Bonjour Jeanyne
Je viens de lire ton message en farfouillant sur internet au nom des Marsolle.J’aimerais bien renouer le contact avec toi .TA supposition devrait faire « bondir » ta cousine Geneviève !!! A bientôt . Denise de La Ronciere
6. > Archives départementales de la Charente Maritime : consultation en ligne, 8 mars 2008, 04:09, par Yves MARSOLLE
Bonjour,
En effet, le premier Marsolle arrivé en Guadeloupe, était certainement marié à Marie PAQUET ou PASQUET.
En 1664, un rescencement à VieuxHabitants en Guadeloupe, on retrouve la famille BONNAULT, dont l’épouse est Marie PASQUETavec deux enfants BONNAULT et quatre enfants Marsolle :
Marsolle Jeanne 1655, Marsolle Jacques 1657, Marsolle Jean-René 1658, Marsolle Marie 1660.
Cordialement,
YVES MARSOLLE , le 7 mars 2008
2. > Généalogie des Français d’Amérique du Nord , 24 novembre 2005, 13:49
Vous trouverez des informations sur des personnes originaires de régions de France qui ont émigrés vers le Canada, l’Acadie et les Iles d’Amérique. Il s’agit d’un index régional des migrants, réalisé par Denis Beauregard, et mis en ligne sur son site.
Voir en ligne : Filiation des Français d’Amérique du Nord
1. > Généalogie des Français d’Amérique du Nord , 24 novembre 2005, 18:24, par Lulu72
Bonjour,
Vous avez aussi à l’office de tourisme de Brouage des listes des embarqués pour les amériques
Des amis Québécois y ont trouvé des infos.
Salutations
2. > Généalogie des Français d’Amérique du Nord , 17 septembre 2008, 19:45, par verocha
Bonjour,
Je suis à la recherche de mon ancêtre, le premier Chaput qui serait venu en Nouvelle-France. Il viendrait de l’Auvergne selon mon grand-père Marcel Chaput.
Merci
Voir en ligne : Histoire-genealogie-La vie et la mémoire de nos ancêtres
3. > D’Emigrés à Réfugiés, les Français en Acadie - XVIIè-XVIIIè siècles : les Engagés, 27 novembre 2005, 01:26, par Denise St-Denis
J’aimerais savoir le nom des navires qui sont venus de France en Nouvelle-France transportant des soldats de la Compagnie franche de la Marine vers les années 1680-1690 ainsi que le nom de ces soldats. Pourriez-vous m’indiquer où je pourrais trouver ces infomations.
Merci
Denise St-Denis
1. > D’Emigrés à Réfugiés, les Français en Acadie - XVIIè-XVIIIè siècles : les Engagés, 27 novembre 2005, 09:01, par Jean-Yves Le Lan
Bonjour,
Normalement le nom des passagers et des soldats est noté sur les rôles d’équipage des navires. Ces rôles sont détenus au Service Historique de la Défense – département Marine et aux Archives Nationales dans le fonds Marine. Pour le SHD voici l’adresse du site http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/marine/ où vous trouverez les coordonnées des différents centres (Rochefort, Brest, Toulon, Cherbourg, Lorient et Vincennes). Sur les rôles, il est indiqué la destination du navire. En fonction du lieu de départ du navire, vous pourrez avoir une indication sur le centre pouvant éventuellement détenir les rôles.
Bien cordialement
Jean-Yves Le Lan
2. > Liste des navires en direction de la Nouvelle-France, de 1497 à 1760, 9 mars 2006, 20:00, par Michèle Champagne
Vous pouvez trouver à l’adresse ci-dessous la liste chronologique des navires venus en Nouvelle France de 1497 à 1699 et de 1700 à 1760.
Figurent également des répertoires biographiques des équipages et passagers,
http://naviresnouvellefrance.iquebec.com/
Voir en ligne : Navires Nouvelle-France
4. D’Emigrés à Réfugiés, les Français en Acadie - XVIIè-XVIIIè siècles : les Engagés, 3 juin 2013, 19:53, par joelle desmeules
Mon premier ancêtre, Joseph Desmeules, né en Normandie en 1660 et fils de François Demeule(s) et de Marie-Magdeleine Tenue est arrivé à l’Ile d’Orléans mais je ne sais pas d’où il est parti et où il demeurait en Normandie ! Est-ce que quelqu’un pourrait me renseigner ?
5. D’Emigrés à Réfugiés, les Français en Acadie - XVIIè-XVIIIè siècles : les Engagés, 28 février 2020, 15:13, par LORE Jean Marie
Bonjour,
Le professeur Gabriel DEBIEN a publié une liste des contrats d’engagements pour les Iles d’Amérique de 1666 à 1714 relevés chez les notaires rochelais RABUSSON, GROZE, RIVIERE et SOULARD, 1738 noms. A été publié aussi "les 1.497 engagements à Nantes pour les Îles Françaises d’Amérique de 1646 à 1766" passés devant 22 notaires royaux.
Bien cordialement.
Jean Marie LORE