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18/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique.

18e épisode : mai – juin 1916

vendredi 25 septembre 2026, par Jean Magnier

Voilà presque deux ans que la guerre est déclarée. Les hommes sont las.
En ce début mai, si Gaspard, l’aîné des quatre frères Morel, a eu la chance d’être exempté, ses trois frères, les deux Claude et Bonnet, sont au front.
Les combats s’intensifient à l’est, la furieuse bataille de Verdun est engagée, les échos s’en font entendre dans tous les foyers. Les permissions tant attendues apportent un peu de fugitif réconfort.
Alors que Bonnet sera préservé, la fin du mois verra le danger s’approcher plus encore des deux frères Claude et les rattraper. L’enfer les attend.
En retrait à Saint-Germain-Laval dans la Loire, le forgeron Gaspard, désormais plus proche de sa famille, s’est installé dans la vie civile. Claudia et Célina veillent à le conforter le mieux possible.

Pour lire les épisodes précédents

Lettre des frères Claude à leur frère Gaspard.

Depuis des mois, leur régiment, le 298e R.I., occupe les premières lignes au nord-ouest de Reims.
Ils viennent d’apprendre la mutation de Gaspard de l’atelier de Moulins à celui de Saint-Germain-Laval.
Bien qu’aux avant-postes, les échanges d’artillerie ne sont pas trop intenses et sont à l’avantage des Français.
L’espoir d’une fin prochaine des combats reste vif, Dieu et la Sainte-Vierge aidant.

le 1er Mais 1916

Cher frères

Je mempraisse a faire réponse a ta lettre qui nous a fais un grand plaisir de savoir de tes nouvelles surtout que tu maver pas fais réponse a ma lettre que je tent ecrit çante je suit étent rentrés de permissions mais on na vait de tent nouvelles par ta femme et que tu n’estent plus a Moulin
pour nous nous somme toujour en bonne santer aussi pour le moment et nous desirrons que notre lettre tent trouve de même telles quil nous quitte
cher frère nous somme en première ligne et nous somme encore pas trot en baitent pour le moment les boches ne tirent pas de trot il ne tire pas temp que nous
si sa ne change pas on peux encore y tenire et de puit le jour de Pâque il fait bien beau.
Tout ce qui nous fauderent çes la fin de c’este triste geurre mais il ne vien pas vites
enfin esperrons avec laide de Dieu et de la St vierges viendera un jour çon cera délivres de tout sa pour nous revoir et comme tu dit boire un bon canon en sembles
cher frères si tu changes tu tachera de nous écrire pour savoir tonadraisse et de tent nouvelles
pour aujourd’hui on temp voix bien le bon jour et un profons baisser de tout nôtre ceur.
tent deux frères pour la vie
Morel C et Morel Claudie.

Lettre de Claudia et Célina.

Elles se réjouissent du retour du printemps tout en souhaitant la fin de la guerre.
Célina adresse à son père une marque particulière d’affection. Elle espère profiter de son jeudi libre pour aller à la foire.

Lavoine le 3 mai 1916

Bien cher mari et papa

Nous nous empressions de répondre à ton aimable carte qui nous a fait un grand plaisir de te savoir en bonne santé et quant à nous deux cher ami, nous en sommes de même et nous désirons de tout cœur que notre lettre te trouve de même.
Cher petit ami chez nous il a fait un temps superbe aujourd’hui et le bois de Vial* est tout feuillé
Cher petit ami et cela fait plaisir au moins cher mari de voir revenir les beaux jours et la belle saison mais cela ferait bien plus plaisir si l’on voyait la fin de la guerre.
Cher petit papa je viens de faire un petit tour dans notre jardin et j’ai remarqué que nous avions des pensées et des carafets** d’épanouis, et j’en ai cueilli un petit bouquet que je vais joindre à notre lettre en y déposant maman et moi chacune un baiser en espérant que ces charmantes petites fleurs te le transmettrons ce doux baiser. Demain cher papa c’est la foire à Ferrières (Ferrières-sur-Sichon) et comme c’est jeudi qu’il n’y a pas de classe, peut-être que j’irrai y faire un petit tour*** mais ce n’est pas encore bien sur.
Allons cher petit mari et papa plus grand chose à te dire pour aujourd’hui, nous allons terminer notre lettre car il va être bientôt temps d’aller la porter à la gare et à dimanche cher petit cœur
Reçois de ces deux bien cher petites femmes qui t’aiment et pensent souvent à toi un doux baiser du plus profond de leur cœur.
Claudia et Célina Morel

* Bois de Vial. Village de Lavoine où se trouve "Les Bicons", la maison familiale.
** carafets. Autre nom des giroflées jaunes.
*** j’irrai y faire un petit tour : pour en savoir un peu plus sur « Le Tacot Bourbonnais », cliquez sur le Pdf ci-dessous
Le Tacot Bourbonnais
Pensées et carafets

Lettre de Bonnet à son frère Gaspard.

Toujours dans les Vosges, Bonnet vient d’être affecté à une section de sapeurs chargés de construire des abris. Il bénéficie d’un calme relatif. Il confirme à son frère aîné son souhait de vendre un arbre.
Le retour à la paix fait partie de ses vœux.

Le 4 Mai 1916

Mon cher frêre

Je fais réponse a ta lettre que je viend de reçevoir qui mas fait plaisir de savoir de tes nouvel pour quant à moi je suis toujour en bonne santer
cher frère je te dirai voila 8 jour que j’ai passer à la section des sapeurs pour faire des abris enfin on n’est assez tranquil on nas ses nuit pour se reposez au lieu que de vellier les boches.
Je suit toujour au même endroit et ses toujours assez tranquil mais il faut espérait que se mettier finira donc a bientot.
J’ai reçu des nouvel des deux frère il son toujours en bonne santée cher frêre tu me parle de mon ormeaux oui je voudrait qui soit vendu et cher frère vend le fait le exploiter et je te laisse libre et tu prendras ta paine dessut
Cher frère tu me demandes combien que j’en veut tu le vois mieux que mois se qu’il vaut car ses que du bois (illisible) cher frêre tu me fera plaisir si tu le débarrasse
enfin j’attend avec pacience cette délivrance pour nous voir tous ensemble et se causer de vive voix
Je fini en atendant de tes nouvel abientot
ton frère qui te donne un gros baiser de tout cœur
M B
53è Batall(on) de chas alpin, section des sapeur pionnier

Historique du 53è bataillon de chasseurs alpins : dans les Vosges. Le 53è, jusqu’au 12 juillet, occupe alors successivement les positions : TËTE DES FAUX – BARRENKOPF – LINGEKOPF où il subit des tirs de destruction systématiques très violents.

Lettre de Gaspard.

Ses préoccupations sont marchandes : ménager la vente des pommes de terre de Claudia et celle de l’ormeau de son frère Bonnet. Il espère obtenir une permission en fin de semaine.

St Germain (Saint-Germain-Laval) le 13 Mai 1916

Chère femme et chère fille

Je répond a votre aimable lettre qui m’a fait plaisir d’apprendre que vous êtes toujours en bonne santé pour moi je me porte toujours bien et je désire que ma lettre vous trouve toutes les deux de mêmes
Chère femme au sujet des pommes de terres voici déjà 5 jours que j’attend celles que j’ai vendue à Monsieur Sanchez (?) nous avions convenu que tu les ferez conduire a la gare* le lendemain que je suis parti ce Monsieur les attends avec impatience tu n’as rien a payer en gare il a envoyé un billet de transport elle sont vendu 14 francs si elle ne sont pas expédiés fait ton possible de suite.
Chère femme pour le bois je vais le mesuré demain dimanche, je ne sait encore pas le prix et puisque tu as encore des pommes de terres tu trouvera bien les vendres la haut donne les donc à Louis (?) mais ne manque pas d’envoyer la boge** que j’ai vendu
Alors mes chéries je ne vois pas grand nouveaux a vous dire pour aujourd’hui car je ne sort jamais je ne peux pas en apprendre.
Je termine donc dans l’espoir d’aller vous voir dimanche.
Je suis pour la vie votre bien dévoué mari et papa qui vous aime et vous embrasse mille fois bien fort
Morel Gaspard

* Pour en savoir un peu plus sur « Le Tacot Bourbonnais », voir plus haut.
** boge. Grand sac de jute.
Saint Germain Laval
Route nationale, vue de la Route de la Gare
(collection JM)

Lettre de Bonnet à sa belle-sœur Claudia.

Le calme n’a pas duré, Bonnet est maintenant dans une zone de combat. Sans nouvelles récentes de son épouse, il se languit. Il implore le Ciel d’apporter la paix. Il attend du courrier des frères Claude.

Le 15 Mai 1916

Cher belle soeur et nièce,

Je vous écrit ses deux mots que je suit toujour en bonne santée en dessirend que mes deux mot vous trouve de même
enfin voilà quelque jour que je n’ai point reçu de nouvel de Jeanne* et le temp me dur beaucoup de ne pas recevoir des nouvel de la maison.
Ma cher belle sœur j’ai changer d endroit voilà 5 jour et maintenant sa tape un peut partout
oh vivement la fin et que Dieu et la sainte Vierge nous la donne donc a bientot car on nas tous mar
cher belle sœur Gaspard mas écrit ses temt passés et voilà quelque jour que les deux frères mon pas écrit
enfin je fini en vous embrassent de tout cœur
ton baux frère
M.B,
53è Bataillion de chas, alp
8è compagnie 2è section 1840.

* Jeanne. Jeanne Brugièregarde, sa femme

Lettre d’André Barret à sa belle-sœur Claudia.

Époux de Marie, sœur aînée des frères Morel, André Barret *, était incorporé au 13e Régiment d’Infanterie territorial. Exempté, il a été détaché, le 5 février 1916, à la Maison Sancet à Gamaches, dans la Somme. Dans cette usine de guerre, fabrique d’obus et munitions, les cadences sont élevées et le contrôle strict.
Il maudit la guerre et espère une permission.

* André Barret. Sabotier de La Chabanne. Classe 1890.

Gamache le 15 Mai 1916

chère belle soeur et nièce,

Je vous écris ces deux mots pour vous dire que je suis toujour ent bonne santée et je désire que mas petite lettre vous trouverat de meme des quelle me quite.
Chère belle sœur je ne vous écris pas souvent voilas la raison sét que je n’et pas le tenp je n’et que les dimanche soir pour mois nous travallions jusque une heur après midit les dimanches vous pouvais croire que nous somme tenue juste et survellier pars les contreraleur dans lusine ous je suis set usine de guerre nous travallions pour larmée
chère belle sœur jattens une petite permition de 6 jour dans la première quinzène de juin chère Claudiat et chère petite célina quelle triste vie que sette maudite guerre nous fais donc langire le canon tone toujour je lentent toujour au loin je suis toujour dans la zone des armée je suis tous prèt de la mère de la manche
chère belle sœur tu menveras ladresse de mon baux frère je les perdue
aurevoire chère belle sœur et cher petite nièce je vous envois des milliers de bons bésérs les plus tendres quil règne dans mon cœur
ton baux frère et oncle pour la vie
André Barret

Lettre de Claudia et Célina.

Claudia a pu expédier les pommes de terre, elle s’inquiète de leur bonne réception. Une permission sera-t-elle possible le dimanche à venir ?

Lavoine le 15 mai 1916

Cher mari et papa

Deux petits mots de lettre pour te dire que nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Bien cher petit ami, hier, Célina est allée à la gare porter ta lettre et la cheffesse lui a dit qu’il y avait un bon de transport d’arriver pour les pommes, alors cher petit ami aujourd’hui j’en ai expédié deux sacs pleins mais nous n’avons pas pu les peser à la gare et cher mari tu voudras bien te rendre compte de ce qu’ils pèsent tu voudras bien nous répondre de suite pour nous dire le résultat.
Cher petit mari et papa il n’y a pas grand nouveau à te dire pour aujourd’hui sur ta prochaine lettre tu nous diras si tu penses venir dimanche. Allons nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Nous sommes pour la vie ta bien chère petite femme et fille qui t’aiment et pensent à toi nuit et jour.
Claudia et Céline Morel

Lettre de Claudia et Célina à leurs beaux-frères et oncles Claude.

Elles confirment la mutation de Gaspard à Saint-Germain-Laval et transmettent des nouvelles, certaines dramatiques, de voisins mobilisés. Lavoine paie déjà un lourd tribut à la guerre.

Lavoine le 15 mai 1916

Bien chers beaux frères et oncles

Nous répondons à votre aimable lettre qui nous a fait un grand plaisir d’apprendre de vos nouvelles, et pour quant à nous deux cher baux frères nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que notre lettre te trouve de même.
Bien chers beaux frères et oncles votre frère Gaspard et toujours à Saint-Germain (Saint-Germain-Laval) et il est toujours en très bonne santé.
Bonnet nous a écrit en même temps que vous deux et il est lui aussi toujours en bonne santé.
Bien chers beaux frères et oncles chez nous il fait un temps superbe aujourd’hui mais dimanche et hier il a plu presque tout le temps.
Il y a un des Piariches de Pion* le plus jeune qui est mort à L’hôpital de Vichy d’une Bronchite son frère le Breton** est en permission de sept jours lui aussi. L’Eugène de la Goutton*** de Matichard**** a été blessé (à) une jambe et il est en convalescence d’un mois pour le moment.
L’Alphonse***** doit être tout près de vous lui aussi car il est artilleur et son frère (Eugène) nous a dit que le 298e était tout près d’eux lui il est à Ber(r)y au Bac******
Allons bien chers beaux frères et oncles plus grand chose à vous dire, et en attendant l’heureux jour de la délivrance nous terminons en vous embrassons tous les deux des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Votre belle sœur et nièce pour la vie
Claudia et Célina Morel.

* un des Piariches de Pion. Antonin Mondière, né le 22/11/1887 à Lavoine, soldat du 53e Régiment d’Artillerie de Campagne, décédé à l’hôpital central de Vichy le 04/05/1916 de maladie aggravée au service
** son frère le Breton. Vraisemblablement Antoine Mondière. Classe 1896.
*** L’Eugène de la Goutton. Eugène Bigay. Classe 1907. Cordonnier de Lavoine. Blessé par balle le 14/03/1916. Fils de Marie Thévenet dite La Goutton.
**** Matichard. Village de Lavoine.
*****L’Alphonse. Alphonse Bigay. Classe 1901. Frère d’Eugène.
****** Ber(r)y au Bac. Voir 9e épisode. Arrêt sur image. 26 juillet 1915.

Lettre de Claudia et Célina.

L’envoi et la bonne réception des pommes de terre restent une préoccupation.
Une permission serait bienvenue cette fin de semaine.

Lavoine le 16 mai 1916

Cher mari et, cher papa

Nous venons de recevoir ton aimable lettre qui nous a fait un grand plaisir d’apprendre que tu es toujours en bonne santé, pour quant à nous deux cher petit ami, nous en somme de même et nous désirons de tout cœur que notre lettre te trouve tel qu’elle nous quitte.
Cher petit mari au sujet des pommes de terre, je les ai expédié hier soir par le train, mais j’en ai envoyé deux boges car comme je ne recevais pas de réponse j’ai pensé bien faire de toutes les envoyé, mais malgré cela cher ami, si tu ne trouves pas à les vendre et puis que cela te gêne, tu n’as qu’a me les renvoyé et je les vendrai bien chez nous mais si tu peux les vendre tu me fera bien plaisir car ce serait bien ennuyeux pour moi d’aller encore un emprunter deux bêtes pour les ramener, enfin il ne faut pas que cela te gêne si tu ne peux pas les vendre renvoie les et puis cher mari si je les ai envoyé c’est que j’ai pensé de bien faire car sur le bulletin la cheffesse nous a dit qu’on ne disait pas le nombre de boges que je devais envoyé et alors la conduite sera toute payée, tu voudras bien faire attention car il y en a un qui est moins grand que l’autre et elle pèse un peu plus.
Bien cher mari et papa chez nous aujourd’hui il a fait un temps superbe.
Allons cher petit mari et papa en espérant que tu sois auprès de nous dimanche, nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Nous sommes pour la vie tes deux bien chères petites femmelettes qui t’aiment et pensent à toi
Claudia et Célina Morel.

Lettre de Claudia et Célina.

Elles ont eu la visite d’une voisine qui colportait des nouvelles du village.
Elles sont toujours dans l’attente d’une permission de Gaspard.

Lavoine le 18 mai 1916

Cher mari et papa

Nous t’écrivons ces quelques mots pour te dire de nos nouvelles. Nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Bien cher petit ami aujourd’hui Mme Bourgin (?) est venu nous voir et maintenant Monsieur Bourgin (?) vient travailler à Matichard* pour remplacer cet Italien (?) qui habitait dans la maison neuve des Magneau (Magnaud) enfin cher mari et papa nous avons été contentes de revoir Mme Bourgin et Yvonne (?) aussi.
Cher petit mari et papa chez nous il fait aujourd’hui il fait un temps superbe il a fait une chaleur étouffante.
Allons bien cher petit mari et papa nous nous espérons bien que tu viendras dimanche et en attendant ce jour heureux nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Ta bien chère femme et fille qui t’aiment et pensent à toi
Claudia et Céline Morel

* Matichard. Village de Lavoine.

Lettre de Claudia et Célina.

Un déplacement au Mayet-de-Montagne a permis à Claudia de rencontrer le docteur Lebrou. Celui-ci déconseille formellement à Gaspard de demander sa mutation à Lavoine. L’ami Pérard leur a rendu visite.

Lavoine le 23 mai 1916

Cher mari et papa

Nous nous empressons de t’écrire ces deux mots pour te dire que nous sommes toujours en bonne santé, et nous désirons de tout cœur que notre lettre te trouve de même.
Bien cher petit mari hier je suis allé au Mayet (Mayet-de-Montagne) et j’ai fait un bon petit voyage Mr et Mme Lebrou* se porte toujours bien et m’ont bien recommandé de te donner bien le bonjour de leur part
Cher petit mari j’ai bien parlé à Monsieur Lebrou* pour ce que tu m’avais dit mais cher petit ami il m’a dit qu’à Matichard** ce n’était pas assez sérieux qu’ils changeaient les hommes trop souvent et puis aussi ces temps-ci cela ne marche pas bien d’après ce que l’on entend dire alors Monsieur Lebrou m’a dit de te dire qu’il fallait rester où tu étais qu’il valait bien mieux attendre parce que probablement que tu ne retournerais pas au front et que tu travailleras toujours et puis sur un autre côté cher mari il m’a dit que que l’allocation nous serait supprimée et que si tu venais à partir que ce serait très difficile pour l’avoir il m’a dit aussi qu’il fallait pas faire de demandes toujours faire comme nous avions fait et il m’a dit que tu étais bien pour le moment et qu’il ne fallait pas chercher à nous mettre dans la misère. Enfin bien cher petit ami je te dit tel comme Mr Lebrou m’a dit et alors d’après ce que je te dit réfléchis et réponds-nous de suite pour nous dire ce que tu en pense
Cher petit mari et papa Pérard*** est venu hier et lui aussi il est rentré dans un attelier à Paris mais il ne s’est encore pas pourquoi c’est faire
Allons bien faire petit mari et papa plus grand chose à te dire pour aujourd’hui
Reçoit de tes deux bien chères petites femmelettes des milliers de bons baisers.
Claudia et Célina Morel

* Mr et Mme Lebrou. Docteur Achille Lebrou, médecin du Mayet-de-Montagne
** Matichard. Village de Lavoine.
*** Pérard. Claude Camille Pérard. Classe 1895. Maréchal au Bourg de Lavoine. Mobilisé depuis le début de la guerre, il vient d’être exempté.

Lettre de Claudia et Célina.

Quelques considérations météorologiques, un cousin en permission, les nouvelles sont succinctes.

Lavoine le 24 mai 1916

Cher mari et papa

Nous venons de recevoir ton aimable carte qui nous a fait un grand plaisir d’apprendre que tu as fait bon voyage et surtout que tu es toujours en bonne santé pour quant à nous deux nous nous portons toujours bien et nous désirons de tout cœur que notre lettre te trouve comme elle nous quitte.
Bien cher petit ami aujourd’hui chez nous il y a un fort orage mais heureusement il n’a même pas grêlé et cette petite pluie aura bien fait du bien au jardin et aux pommes de terre
Cher mari et papa le cousin Basmaison* est en permission pour six jours nous ne l’avons pas vu mais on nous l’a dit.
Allons bien cher petit cœur nous n’avons pas grand nouveau à te dire pour aujourd’hui et bonsoir cher ami à jeudi prochain.
Nous sommes pour la vie tes deux dévouées femme et fille qui t’aiment et t’embrassent bien fort.
Claudia et Célina Morel

* Le cousin Basmaison. Jacques Basmaison. Classe 1893. Cultivateur scieur de Ferrières.

Lettre des frères Claude à leur belle-sœur Claudia.

Cette lettre est écrite au dos de la lettre de Claudia datée du 15 mai.

Le retard apporté à l’envoi d’une réponse se justifie par une série de déplacements du 298e R.I., leur régiment, ces déplacements risquent de déboucher sur une mauvaise passe.
Il faut espérer le maintien de la protection divine.

Le 25 mai 1916
cher belles sceur et niès

Je fais réponse a ta lettre qui nous a bien fait plaisir de savoir de vot nouvelle mais tu nous escuzera si on ta pas fait reponse plus tot çar nous avons changer dandroix et nous avons voyager 5 jours nous sommes en cemoment dans la Marne et nous avons une (mauvaise ?) passe a paser un de ces jour
enfin pour le moment nous sommes toujour en bonne santer et nous désirrons que notre lettre vous trouve de meme telles qu’il nous quitte
enfin cher belles sceur et niès il faut toujour vivre avec l’espoirre que Dieu nous grade toujour comme il nous nous a grader jusca maintenant
enfin cher belles sceur et niès pour aujourd’hui on vous envoix not maiheur a mitier et un profon baisse de tout notre ceur A tout deut beau frères et oncel pour la vie
Morel

J. M.O. du 298è Régiment d’Infanterie.

  • 18 Mai : Le Godat, Hermonville, Trigny, Prouilly, Muizon
    Les sections cantonnées à Hermonville sont relevées ( . . . ) Ces deux sections rejoignent leur compagnie respective à Muizon et à Prouilly.
  • 19 Mai : Le Godat, Trigny, Prouilly, Muizon.
  • 20 Mai : Trigny, Prouilly, Muizon, Aougny, Forzy, Le Plessier.
    La 63è D.I. doit aller occuper au Camp de Ville en Tardenois les emplacements laissés libres par la 22è D.I.
    Le 298è est désigné pour occuper les cantonnements d’Aougny et Forzy. Départ à 1h45 de Trigny, à 1h45 de Prouilly. Arrivée du Régiment vers 10h.
  • 21 Mai : Aougny, Forzy, Le Plessier, Villers sur Fère, Sergy.
    Le Régiment quitte le Camp de Ville en Tardenois vers 4h du matin et se dirige sur Villers sur Fère, Sergy.
    Le Régiment devant être embarqué le lendemain à la gare de Fère en Tardenois des ordres sont donnés pour la préparation du mouvement.
  • 22 Mai : Villers sur Fère, Sergy.
    Le Régiment s’embarque en trois trains.
  • 23 Mai : Gare de Givry en Argonne, Epense, Sivry-sur-Ante.
    Le Régiment débarque à la gare de Givry en Argonne ,à environ 18 km au S. de Ste Menehould.
  • 24 et 25 Mai : Epense Sivry-sur-Ante.
  • 29 Mai : Le Régiment est embarqué en automobile dans la direction de Verdun.

Lettre de Claudia et Célina.

Bonne nouvelle, Bonnet comme son frère Gaspard, vient d’obtenir une exemption. Il est affecté dans une usine de l’Eure. Un nouveau blessé est en convalescence à Lavoine.

Lavoine le 27 mai 1916

Bien cher mari et papa

Je m’empresse de répondre à ton aimable carte qui nous a fait grand plaisir d’apprendre que tu te portes bien. Pour quant à nous deux nous sommes en bonne santé et nous souhaitons de tout cœur que tu en soit de même.
Bien cher petit ami ton frère Bonnet* a eu bien de la chance, lui aussi il est rentré dans un établissement à la Géroulde dans l’Eure et tant mieux pour lui ça en fera toujours un de moins, c’est Mme Terrenoire** qui nous l’a dit car elle a reçu un papier pour le certificat qu’il doit fournir au sujet de l’allocation et je t’assure cher mari que nous sommes bien contente.
Cher petit mari et papa chez nous aujourd’hui il a fait bien beau le Bouif *** est venu pour deux mois mais il boite encore bien
Allons bien cher petit ami pour aujourd’hui nous ne voyons plus bien grand-chose à te dire et reçois de ta bien cher petite femme et fille qui t’aiment et pensent à toi et t’embrassent bien fort.
Claudia et Célina Morel

* le 21 mai 1916, Bonnet a été détaché aux Usines Chaubeyre à La Guéroulde dans l’Eure, spécialisées dans la fabrication de chaînes métalliques.
** Mme Terrenoire. Institutrice de Lavoine.
*** le Bouif. Albert Couperier. Cordonnier de Lavoine. Classe 1907. Blessé au genou gauche le 23 mars 1916. En convalescence jusqu’au 14 février 1917. Il sera fait prisonnier le 24 mars 1918, en captivité jusqu’au 28 novembre 1918.
La Gueroulde
Les usines Chaubeyre (collection JM)

Lettre de Gaspard.

Un camarade d’atelier, devenu un ami, vient d’être brusquement retiré de son poste pour être remobilisé alors que la charge de travail est toujours importante. Gaspard ne devrait pas être touché par une telle mesure.
Il prévoit de venir en permission la semaine prochaine.
Il a recommandé un cousin scieur auprès d’un employeur pour tenter de lui obtenir une embauche et donc une exemption.

Sanmedi le 27 Mai 1916

Chères petites femmes

Je vous écrit deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santée et j’espère que m’a lettre vous trouveras de même
Aujourd’hui a trois heures du soir je suis bien été surpris car mon camarade qui était venu de Moulins avec moi a été rappelé a son dépôt* immédiatement et ça m’a bien fait de la peine de le quitter mais comme je vous l’avais déjà dit il y avait déjà quelques jours que j’avais ce présentiment en tout cas je n’ai encore rien reçu comme je suis déjà agé** je ne serai peut-être pas rappelé de si tôt mais comme les choses se passe je ne puis rien vous dire.
Mes chéries voyez comme c’est bizarre hier l’on demandé si on avait besoin de nous Monsieur Baule (?) répond qu’il avais du travail pour nous pour six mois et ça lui a fait bien de la peine de voir partir mon copain et le plus qui a fait de peine c’est a moi car nous étions deux amis
Enfin il ne faut vous en faire pour cela vous voyez que je vous dis bien ma façon de penser et j’espère toujours bien aller vous voir jeudi prochain, et peut-être que je resterai à St Germain (Saint-Germain-Laval) plus longtemps que je crois, il faut l’espérer par le temps qui court
Cher femme au sujet du cousin Basmaison*** comme je te le disais sur la carte que je vous ai envoyé c’est un homme qui cherchait une scierie disponible pour exploiter du bois n’importe à quel endroit je lui ai donné son nom mais je ne savais pas son petit nom cette personne se charge de le faire venir travailler dans sa scierie il n’aura peut-être pas grand bénéfice mais il sauveras sa peau ne dit pas que c’est moi qui m’en mèle car il y en aurais qui serait jaloux
Pour aujourd’hui mes chers petites femmes je ne vois pas grand chose à vous dire qui puis vous intéresser.
Je termine en vous embrassant toutes deux milliers de fois
Votre petit homme bien dévoué qui vous aime.
Morel Gaspard

* dépôt. Lieu où les soldats jusque-là exemptés étaient envoyés avant de rejoindre le front.
** comme je suis déjà agé. Il a 43 ans.
*** Cousin Basmaison. Jacques Basmaison. Classe 1893. Cultivateur scieur de Ferrières.

Lettre des deux frères Claude à leur belle-sœur Claudia.

Fin mai 1916, les voix de la fratrie Morel au travers de leurs lettres se sont tues.
Toutefois, daté du 23 Juin, un ultime feuillet s’est glissé au sein des trois cent-vingt-huit billets sauvés de l’oubli : ce mois de juin a été terrifiant pour les frères Claude et leur régiment !

Soulagés, ils viennent de sortir de l’enfer de Verdun ! Ultime réconfort apprécié, bien que cher, du vin à volonté. Ils sont dans l’attente et la crainte d’une nouvelle affectation, toutefois elle ne pourra égaler en horreur ce qu’ils viennent de vivre.
L’espoir de se retrouver en famille reste entier. Ils sont sans nouvelle de Gaspard.

Le 23 juin 1916

Je vous écrit c’est deux mot de lettres pour vous doner de not nouvelles qui son a peupres bonne pour le moment et en desirent de grand ceur que notre lettre vous entrouve de même telle que notre ceur le désir
Cher belle sœur et nies nous sommes sortie de lan fer pour le moment nous en sommes a 50 ks et je vous assure que nous somme heureux pour le moment car on trouve du vin a volontent mais il et un peux cher mais on n’est contemp dans boire çan meme pour nous remontre un peux
Maitenant tout ce que je tout ce qui fauderent ces la fin de c’este triste geurre parsque ces bien rare s’il nous laisse lon temps trancuil ausitôt reformais ils vons bien nous remaitre dans un secteur mais qui nous maine n’importe hou jamais on verra ce çon na vut ni ce n’est pas a désirrent non plus
enfin il faut toujour vivre enésperrient comme on na toujour fait et sa viendera petétre bien un jour con nora le boneur de cerevoir tous en sembles.
Cher belle sœur et nies vous donerent bien le bon jour au frères Gaspard pour nous car voila lontemp con na pas resut de ces nouvelles nous lui avons ecrit et il nous a pas fait reponse nous ne savons pas s’il et toujour au même en droix
enfin cher belle sœur et nies pour aujourd’hui on vous envoix not maiheure a mitier et nos profons baisse de tout notre ceur
vot deux beau frères et oncel pour la vie
Morel

Arrêt sur image : Les deux frères Claude Morel à Verdun.

Nos deux Claude en sont revenus ! C’est bien sobrement qu’ils rapportent à leurs proches le cauchemar qu’ils viennent de vivre :

nous sommes sortie de lan fer, mais qui nous maine n’importe hou jamais on verra ce çon na vut ]
Nous sommes sortis de l’enfer, mais qu’ils nous mènent n’importe où, jamais on ne verra ce qu’on a vu.

La bataille de Verdun incarne pour les Français la guerre de 14/18 dans toute sa violence et son horreur, mais elle est aussi devenue "la mère des batailles", symbole de la résistance et de la victoire.
Du 21 février au 18 décembre 1916, elle a opposé les armées française et allemande dans des conditions épouvantables.
L’artillerie y a joué un rôle dévastateur prééminent entraînant 80% des pertes, et parfois, comble de l’horreur, les canons français sèment la mort dans leurs propres rangs, par des tirs mal ajustés.

Le régiment des frères Claude Morel, le 298e R.I., plonge dans cette tourmente dès le 3 juin.
Le Journal des Marches et Opérations (J.M.O.) du régiment et son Historique nous apportent un éclairage saisissant. Sont évoqués quelques lieux-dits, « Tunnel de Tavannes », « Fort de Vaux », de sinistre et terrifiante mémoire.
En quelques jours, du 3 au 8 juin, les pertes du régiment sont effrayantes :
7 officiers tués, 13 officiers blessés, 6 officiers prisonniers dont 2 blessés, 1058 hommes de troupe tués, blessés ou disparus !

Le Chtimiste résume la situation : « Du 31 mai au 5 juin, ce fut, sur le massif de Vaux, le plus formidable assaut peut-être de toute cette bataille de Verdun »
Historique du 298e RI
  • 3 juin. J.M. O du 298e RI. « Le régiment devant participer à une contre-attaque ayant pour but de dégager le fort de Vaux...Le régiment arrive vers 13h dans le tunnel de Tavannes »
  • Pour le lendemain, l’historique du régiment précise : « A 19 heures le 5e Bataillon [celui des deux frères] quitte le tunnel de Tavannes et par le boyau de l’Etang va occuper la région ouest du fort de Vaux. »
    « Arrêtées par les tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses les compagnies s’enterrent sur place »
  • 5 juin. Extrait du J.M. O. « les 3 compagnies du 5e bataillon occupent les tranchées [ . . . ] jusqu’au fort de Vaux.
    « L’effectif du 5e Bataillon est déjà très réduit ; de plus le manque d’eau se fait sentir ; les blessés encombrent les premières lignes et les postes de secours. »
    « Pendant toute la journée le bombardement est intense de part et d’autre ; malheureusement aux pertes causées par l’artillerie ennemie s’ajoutent celles dues au tir trop court de la nôtre. »
    Dans le cours de la journée, les Chefs de Bataillon et les Commandants de Compagnie signalent les tirs trop courts de notre artillerie qui nous causent des pertes sérieuses ».
    L’artillerie française ne tient aucun compte de nos fusées vertes. Elle ruine complètement notre ligne de défense. Deux hommes viennent encore d’être tués et deux officiers grièvement blessés [ . . . ] C’est la troisième fois aujourd’hui. »
  • 6 juin. J.M.O. « Le bombardement réciproque reste intense pendant toute la nuit, et notre artillerie continue à nous causer des pertes sensibles par ses tirs de barrage trop courts. »
    « Les chefs de bataillon signalent au Colonel l’état d’extrême fatigue des hommes et surtout le manque d’eau. »
    « L’évacuation des blessés est presque impossible [ . . . ] les postes de secours regorgent de blessés [ . . . ] la gangrène gazeuse sévit dans un poste de la redoute du fort de Vaux.
    Les cadavres des héros tombés dans la lutte féroce qui se déroule ici depuis des semaines, ont du être abandonnés [ . . . ] .
  • 7 juin. J.M. O. « En raison de l’extrême fatigue des hommes épuisés par la lutte et les privations, le Lieutenant-Colonel Hauw fait relever dans la nuit du 6 au 7 une partie du 6e bataillon
    [ . . . ]. Le 5e Bataillon reste en position. [ . . . ] la 20e compagnie [celle des deux frères] est en face du fort de Vaux. »
  • 8 juin. Historique. « Dans la nuit du 7 au 8 juin, le tir de barrage allemand prend une intensité extrême. »
    « A partir de 15 heures, bombardement d’une violence inouïe, surtout par gros calibres.
    « L’artillerie française a été très active toute la nuit et a continué de nous causer des pertes très sensibles. ».
    [ . . . ] les Allemands parviennent à installer des mitrailleuses qui prennent en enfilade une partie de nos tranchées et nous causent des pertes sérieuses. »
    « Les pertes sont difficiles à préciser [ . . . ]
    L’effectif des hommes disponibles est réduit pour le 6e Bataillon de 50 % et, pour le 5e Bataillon dans des proportions encore plus fortes. »
    « Le fort de Vaux était tombé la veille. »
    « Dans la nuit du 8 au 9, les restes du régiment étaient rassemblés à Belrupt. »
    « ses pertes à Verdun étaient terriblement édifiantes. »

Repliés à Belrupt, les deux frères Claude viennent d’échapper à la captivité, car au bout de six jours et cinq nuits de combats acharnés, la garnison restante, sans eau ni vivres, a été contrainte de se rendre.

Sur ces tragiques journées, voir le très riche site http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/. Voir particulièrement la rubrique "fortifications" sur le tunnel de Tavannes.

Le tunnel de Tavannes

Entrée ouest du tunnel de Tavannes (été 1916)
Illustration tirée du site "Les Français à Verdun"

Dès le début de l’extraordinaire bataille de Verdun, le train ne circule plus. Le tunnel offre alors un abri sûr à nos troupes pour se protéger des intenses et continuels bombardements allemands et il permet d’intervenir rapidement sur la zone des combats.
Peu à peu, les combats se poursuivent dans le secteur. Un état-major de brigade, des services de secours, brancardiers, téléphonistes, artificiers, génie, un bataillon de réserve, etc… s’installent durablement aux extrémités du tunnel.
Au fil du temps, la totalité du tunnel est aménagée : un dépôt de munitions est constitué, des cabanes en tôle et en bois sont construites ; des couchettes ainsi que des latrines sont mises en place.
Ainsi, durant toute la bataille de Verdun, des milliers d’homme vont y faire une halte plus ou moins longue. Chaque jour 1500 à 2000 hommes s’y entasseront.
Rapidement, les conditions de survie deviennent effroyables : absence de puits d’aération, un seul robinet d’eau au milieu du tunnel, éclairage quasi inexistant, surpopulation.
Le manque d’eau interdit les gestes d’hygiène les plus élémentaires, même pour les infirmiers et les hommes chargés d’évacuer les cadavres en putréfaction. Les bacs des latrines sont transvasés au pied même des couchettes.
Les Allemands pilonnent sans relâche les deux entrées.
Le 4 septembre, vers 21 h, le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest du tunnel prend feu.
A 21 h 15, une formidable explosion se produit. Les flammes se propagent rapidement atteignent le stock d’essence qui sert à alimenter le groupe électrogène.
En quelques minutes, les baraquements en bois où sont entassés de nombreux soldats s’embrasent.
Les Allemands alertés par la fumée qui s’échappe des deux entrées redoublent leur pilonnage.
Rares sont ceux qui réussissent à s’échapper.
Le nombre exact des victimes n’a pu être établi. On estime que 500 à 600 hommes ont péri dans cette catastrophe.

Sources :

  • Mémoire des Hommes.
  • Le Chtimiste.
  • par Monts & Forts.
  • Les Français à Verdun – 1916.
  • Wikipédia.

A suivre : épilogue. Le retour à la paix.

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